9 – Centre Pompidou-Metz Leiris & Co. André Masson, Les Quatre éléments, Huile sur toile, 1923-1924

9 - Centre Pompidou-Metz Leiris & Co. André Masson, Les Quatre éléments, Huile sur toile, 1923-1924

À travers près de 350 œuvres dont de nombreux chefs-d’œuvre des artistes qui lui furent proches (Joan Miró, André Masson, Alberto Giacometti, Pablo Picasso, Wifredo Lam, Francis Bacon…), des objets et oeuvres d’art africains et antillais, ainsi qu’un riche corpus d’archives et documents originaux (manuscrits, livres, films et musique), il s’agit non seulement de rendre compte des multiples facettes de la figure de Leiris, de ses passions et de ses engagements, mais également de souligner le caractère novateur de son œuvre et la pertinence de sa pensée : Michel Leiris est devenu, dans le contexte de la mondialisation et des études postcoloniales, une référence contemporaine essentielle.

Influencé dès l’enfance par Raymond Roussel et se situant en marge du surréalisme, Leiris s’éloigne du mouvement pour rejoindre la revue dissidente Documents autour de Georges Bataille. La quête de sa propre identité s’associe à une soif de dépaysements et d’altérité. Il s’initie aux méthodes de la recherche ethnographique en participant, en tant qu’archiviste, à la première mission ethnographique française en Afrique, conduite par Marcel Griaule : la « mission Dakar-Djibouti » (1931-1933), au cours de laquelle il écrit L’Afrique fantôme, hybride de journal de terrain et de récit autobiographique. Après la guerre, il se rend aux Antilles en compagnie d’Alfred Métraux, qui lui fait découvrir les rites vaudou. Aficionado de corrida, il est tout autant passionné de jazz, d’opéra et de spectacle, qui sont pour lui des « terrains de vérité ». Devenu ethnographe professionnel, africaniste au Musée de l’Homme, il est à l’initiative du premier ouvrage sur la Création plastique de l’Afrique noire.

Son œuvre littéraire compte parmi les plus novateurs du siècle dernier : auteur de L’Âge d’homme et des quatre volumes de La Règle du Jeu, Michel Leiris a révolutionné le genre de l’autobiographie.

Poète explorateur passionné des jeux de langage, il revendique aussi pour la littérature une esthétique du risque (« De la littérature considérée comme une tauromachie »). Engagé dès les premières heures dans la lutte anticoloniale et antiraciste, devenu homme public et militant, il reste avant tout écrivain solitaire. Michel Leiris est inclassable : figure libre éminemment complexe et paradoxale, sa modernité s’impose aujourd’hui encore plus qu’hier.
(Source : www.centrepompidou-metz.fr/leiris-co-picasso-masson-mir-g…)

2. EN MARGE DU SURRÉALISME

Telle est, en 1922, l’aspiration de Leiris, sous l’égide de Max Jacob. Vivre en poète aux côtés de peintres et d’écrivains, dans l’atelier d’André Masson, rue Blomet, et chez le marchand des cubistes Daniel-Henry Kahnweiler à Boulogne, avant de rejoindre, fin 1924, le groupe surréaliste. Joan Miró, Roland Tual, Marcel Jouhandeau, Georges Limbour, Armand Salacrou, Robert Desnos, Juan Gris, élie Lascaux et bientôt (mais en marge) Georges Bataille, constituent, avec Masson, ses « mentors », sa première communauté : la nécessité de l’art et d’un dialogue avec les artistes s’impose à lui une fois pour toutes. Leiris passe de la chimie, dont il interrompt les études, à l’alchimie du verbe : à travers son goût « frénétique » pour l’ésotérique et le mythique, nourri auprès de Masson dont l’univers minéral et viscéral le fascine, c’est à l’imaginaire le plus lyrique – domaine de son simulacre Damoclès Siriel qui hante son roman Aurora – et au merveilleux du rêve et du langage que Leiris se soumet. À l’instar de Miró, sa quête est celle d’une langue libérée, polysémique, où signe, son et sens entrent en résonance poétique. Il en interroge le pouvoir oraculaire dans Glossaire, j’y serre mes gloses (1925) avant de développer une passion durable pour les jeux de mots. « Lancer les dés des mots » : voilà le geste moteur du futur écrivain de La Règle du jeu.

(Source : www.centrepompidou-metz.fr/leiris-co-picasso-masson-mir-g…)

Posted by >melina1965 on 2015-09-27 20:06:44

more about Juan Gris